L’action se situe au cœur du rassemblement des familles qui attendent de visiter leurs proches incarcéré-e-s, à quelques mètres de l’entrée du C.D : cette proximité me semble cohérente. Je n’ai aucune idée de ce qui peut se passer, combien de temps je vais pouvoir rester là, si les autres personnes averties vont vouloir et pouvoir venir se joindre… J’ai choisi de rester debout à côté de la table, silencieuse, avec l’intention de rester jusqu’à 14 heures, comme prévu.
Un véhicule de la police municipale arrive.
Il s’arrête, juste en face de moi, en bordure de l’esplanade légèrement surélevée qui dessine l’entrée. La vitre se baisse, laissant apparaître le visage d’un fonctionnaire de police qui considère la situation. Un maton se dirige vers lui. Celui-ci observait, jusque-là, le stand, tout en restant éloigné. Ils se parlent. La conversation n’est pas compréhensible à cette distance, mais le geste du maton qui me désigne du doigt me laisse comprendre qu’il lui explique ce qu’il a observé. La voiture de police s’en va…
13H03
Je poursuis cette présence symbolique en me disant que cette voiture est le signe d’une suite : mais laquelle ?… Il ne fait pas trop froid… Je réalise que je suis en plein cœur du C.D et que ce n’est pas facile de venir ici en véhicule, sans se faire aussitôt filmer dans cet espace quasi-clos qui ne demande qu’à se refermer au moindre signal de menace…
Un maton vient se positionner à ma droite, durant un certain temps. Je le sens mais ne le regarde pas. Mon sac à dos est posé au sol contre la grille de l’entrée, sous le pied de la table, c’est possible qu’il étudie la petite configuration d’ensemble de cette présence. Il me semble qu’il part au bout de 10 minutes. C’est assez long…
Plus aucun maton ou fonctionnaire de police (visible !) à l’horizon proche ou lointain. L’ambiance se détend pour tout le monde. La moindre nervosité des matons se répercute aussitôt et se lit au travers de l’attitude générale des familles et visiteurs…
Calme plat. Chacun s’informe enfin du détail de l’action et la fait circuler… à sa façon… Les hommes ne parleront pas avec moi mais leur regard appuyé franchement, leurs hochements de tête et leur station à proximité de la table manifestent leur approbation et leur soutien tacite : pour certains, une curiosité mêlée d’admiration et pour d’autres, de l’interrogation… Personne n’ignore totalement de quoi il s’agit. Tous font plus ou moins le lien avec le procès des 14 basques en cours à Paris, la plupart ont pu suivre ‘l’information-spectacle’ au travers des médias officiels.
Une 1ère femme vient s’informer au stand, puis d’autres viennent ensuite. Tour à tour, chacune regarde avec stupeur la couverture de l’unique livre posé sur la table : ‘Torture au Pays Basque. Rapport 2002’. On voit le visage atrocement défiguré du jeune militant basque : Unai Romano Iguarta, mis au secret et torturé durant 5 jours par la guardia civil espagnole du 6 au 11 septembre 2001.
Voir dossier. http://ekaitza.free.fr/sources/romanofrlabur.pdf
Ces femmes, ce sont elles qui transmettront l’information exacte à tout les autres, en groupe et individuellement. Leurs questions sont précises. « C’est pour qui ? » C’est très rarement « Pourquoi ? », parce qu’elles savent déjà…
Si un silence de plomb règne à l’extérieur, dans la société, sur la présence des prisonnier-e-s politiques en Catalogne Nord, les proches et familles des détenu-e-s vivent le temps de la prison et ils suivent tout de ce qui s’y passe… Ces femmes connaissent les conditions de détention. Elles savent qu’une hiérarchie impitoyable s’opère par le système carcéral et entre les détenus : à partir de ce qu’ils ont fait.
Plusieurs me disent presque en s’excusant que l’Injustice peut AUSSI concerner les détenu-e-s de Droit commun. Elles ne le disent pas comme ça, mais elles l’abordent en parlant de celles et ceux (sans jamais les nommer) qui sont en prison quasiment pour rien, pour des délits mineurs, parce qu’ils sont considérés comme étrangers, indésirables ici, « et ça aussi c’est une Injustice ! », disent-elles…
Elles savent déjà et ce qu’elles découvrent, elles le décryptent très vite : elles ne restent pas longtemps, par pudeur et par respect. Mais leur venue est un soutien déclaré et SOUS L’ŒIL DES CAMÉRAS DE SURVEILLANCE DU C.D… Même éloignées, elles gardent le lien avec le stand en m’offrant un regard soutenu ou un sourire, de temps en temps… Les nouveaux arrivés sont vite informés spontanément par les autres. Ils font alors un salut de la tête, une façon de confirmer leur soutien…
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Publicat per preso